L'assemblée départementale du 92, l’un des mieux loti de France, doit voter vendredi 21 décembre l'attribution d'une délégation de service publique (DSP), devant apporter la fibre aux résidentiels et dont les caractéristiques sont résumées ainsi :

« le délégataire ne prévoit pas de couvrir tout le territoire. Il s'engage en effet à raccorder effectivement 69 % des 800.000 prises potentielles. Surtout, il n'a pas d'obligation en matière de zones précises, la couverture territoriale étant seulement le dernier des quatre critères de sélection. .. En se basant largement sur son réseau actuel, le cablo-opérateur a pu proposer une subvention publique limitée à 59 millions d'euros. "Cette somme va permettre à Numéricable d'étendre de 180.000 prises son réseau déjà existant de 510.000 prises", estime un proche du dossier. » Comme le décrit l’article du Journal du Net JDN

La politique d’aménagement est assez caractéristique des récentes DSP : les pouvoirs publics ont tendance à investir dans la fibre, là ou les investisseurs privés auraient de toute façon investi en priorité (zone denses). L’investissement public est ainsi de 327€ par prise auquel s’ajoute l’investissement de l’opérateur.

Il est donc très probablement que pour les 250 000 foyers non couverts, il va falloir mettre beaucoup plus d’argent, car le délégataire va choisir les zones les plus rentables. En outre les foyers non couverts sont probablement ceux qui sont le moins bien desservis par l’ADSL (25% des foyers on moins de 2Mbits en France). Cette DSP crée donc deux zones dans le 92 :

  • 69% des foyers à 100 Mbits et plus
  • 31% des foyers à 2 Mbits et moins

Je crois qu’il faut mieux repenser l’investissement public en matière d’aménagement public et de très haut débit : Les pouvoirs publics doivent avoir pour ambition de mettre en place le très haut débit tout en réduisant la fracture numérique. Ce qui veut dire, dans l’ordre :

  1. Résorber les zones blanches (2% des foyers)
  2. Augmenter le débit des 25% de foyers à moins de 2 Mbits
  3. Laisser les privés commencer à investir dans les zones denses et ne les aider que s’ils investissent aussi dans les zones à moins de 2 Mbits

Dans le cas du 92, cela voudrait dire : utiliser la moitié des 59M€ pour densifier le réseau ADSL dans les zones à moins de 2 Mbits, en apportant la fibre à moins de 2 km de chaque foyer et fournissant ainsi 10Mbits à chacun (30M€ permettraient de fournir 100 NRA supplémentaires, ce qui bien plus que le nécessaire). Dans un deuxième temps on prolongerait la fibre :

  • jusqu’aux foyers dans les immeubles ou au pied d'immeuble
  • jusqu'à 500 mètres des pavillons : FTTC

Cette approche peut paraitre ringarde et certains détracteurs disent :"

  1. cela revient à investir deux fois
  2. et en plus la première étape ne sera pas rentabilisée
  3. Les opérateurs télécom français sont frileux car les couts d'exploitations sont plus élevés que le FTTH, et ce la ne compense pas de leur point de vue les 90% d'économie en investissement.

Le cas du 92 montre que pour les 31% de population non fibrée :

Le service devient un vrai haut débit

  • Si on investit 100 pour décaler de 5 ans un investissement de 1000, le premier investissement est largement rentable d'autant plus que de toute façon la fibre n'arrivera pas avant 5 ans.
  • Et ces zones sont autrement condamnées à rester sur un haut débit de pays sous-développé.